Il y avait deux cortèges, j'étais dans celui claqué au sol, Nantes, 31 juillet 2021

Samedi 31 juillet, 14h à la croisée des trams, nouvelle mobilisation contre le pass sanitaire. Lorsque le cortège s'élance, très vite une "course" au coude à coude pour la tête de ce dernier démarre entre les confusionnistes en blanc et ceux ayant un discours plus construit sur la dérive sécuritaire de notre pays, incarné entre autre par l'instauration de ce pass sanitaire. La première manœuvre se joue lorsque les seconds investissent la rue Boileau, les drapeaux blancs temporisent puis continuent tout droit emmenant le reste du cortège, les autres font demi tour et reviennent. La stratégie est réitérée quelques mètres plus loin peu avant la place Delorme, ils temporisent, laissent un plus grand nombre leur passer devant, puis tandis que les premiers vont rue Franklin vers Graslin, ils empruntent la rue Camille Berruyer vers le Radison. Sauf que, fort d'un mégaphone, le cortège aux revendications politiques claires (anticapitalistes, antifasciste…), réussit à faire suivre le reste du cortège vers Graslin, la joie est présente. Les confusionnistes blancs regardent la manœuvre médusé. Puis, alors qu'un bon millier de personnes à suivit vers Graslin, ils viennent avec quelques drapeaux et leur mégaphone au carrefour, et réorientent le reste du cortège, c'est à dire les trois quarts, soit environ trois mille personnes. Et dans le tas une partie non-négligeable n'ayant pas conscience des enjeux qui se sont joué, et donc derrière qui ils marchaient, et l'existence d'un autre cortège bien plus proche de leurs idées. Pensant que cette lutte de leadership allait reprendre j'ai décidé de suivre le plus gros cortège. Grave erreur, les deux cortèges ne se recroiseront qu'à la fin. C'était donc d'un ennui total, quelques syndicats ou assos au message noyé dans une masse au revendication creuse et de nouveau parallèles historiques nauséabonds. Voir pour certain·e·s confus et complotiste. J'ai discuté de longues minutes avec des confusionnistes au drapeau blanc, après qu'iels aient dégagé·e·s verbalement et par la menace du nombre, une demie douzaine de jeunes tout de noir vêtu et souhaitant simplement arborer une banderole noire avec un A cerclé rouge bien connu. Parce que pour elleux il s'agissait de "casseurs". Iels préconisent un regard critique contre les médias dominant sur le sujet Covid, mais lorsqu'on leur fait remarquer qu'iels viennent de dégager des gens de leur cortège sur la base de stéréotypes médiatiques vestimentaire, en amalgamant tout individu vêtu de ce type comme étant violent, que fort de plusieurs années d'expérience à suivre notamment des manifestations à Nantes, il y a une réelle diversité au sein de ses personnes "en noir", iels arguent qu'« on joue sur les mots ». Attention, ces gens ont tout à fait le droit de vouloir défiler ou non avec d'autres, le problème c'est bien l'incohérence entre les propos et les actes, prôner " l'amour " et l'unité mais exclure pour des habits sans chercher plus loin. Même problème lorsqu’on leur fait remarquer que non, la police n'ira pas avec elleux, même en tendant l'autre joue. Les gilets jaunes avaient majoritairement ce mot d'ordre au début de leur mouvement, au fil des semaines, les trop nombreuses mutilations les ont ramené·e·s à la réalité. Plus tard deux/trois individus tenteront d'aller agresser une personne avec une pancarte, absolument non insultante, invitant les gens à se vacciner. Ils n'ont pas bougé, c'est trois quatre personnes n'étant pas dans l'autre cortège qui calmeront la situation. Tout au long du cortège le seul slogan répété jusqu'à dégoût est "liberté, liberté…", slogan au combien vide lorsqu'il n'est accompagné de rien d'autre. S'agit-il de la liberté d'agresser les personnes avec des pancartes qui ne plaisent pas à deux trois personnes ? De la liberté de chasser celleux sur qui on porte des à priori vestimentaire ? De la liberté de lutter contre un pouvoir central mais d'éviter méthodiquement tout lieux de pouvoir politique dans la ville ? De la liberté de lutter contre un pass sanitaire, marquant une fois de plus, la dérive autoritaire de notre pays, mais de marcher aux côtés de groupuscules d'extrême droite soutenant des politiques encore bien plus autoritaires ? Tant de questions qui « jouent sur les mots ». Enfin les deux cortèges se sont plus ou moins retrouvé cours Saint-Pierre / place Foch, les confusionnistes insistant bien sur le fait qu'iels stoppaient sur le cours et n'iraient pas plus loin "parcqu'on ne veut pas se mêler à des gens qui ont pour objectif d'aller à la préfecture y commettre des méfaits", dommage, une grande partie du cortège ira rejoindre l'autre pour tenter à deux reprise de retourner vers le centre en passant devant la cathédrale, les forces de l'ordre ne l'entendant pas de cette oreille, les lacrymos seront utilisées. Chassé par la BAC, refluant vers le cours Saint-Pierre, des manifestant·e·s tombent sur l'extrême droite regroupé sous la pancarte Civitas, qui avait stoppé avec les drapeaux blancs. Une bagarre s'en suit, de nombreux blessé·e·s côté manifestant·e·s, puis finalement dès que l'effet de surprise passe, l'extrême droite forcée de fuir. Les forces de l'ordre repousseront les cent à deux cent manifestant·e·s restant·e·s vers Duchesse Anne pour quelques minutes de face à face. La semaine prochaine, et les suivantes, vérifiez bien avec qui vous marchez, quitte à rester à la croisée des trams ou ailleurs, parce que les amalgames vont bon train et vous pourriez vite être assimilé aux quelques dizaines de personnes menant le cortège et donc très visible ou un groupe autour d'une pancarte Civitas. Mais surtout, pensez-vous pouvoir lutter avec ces gens là pour un monde plus libre et plus juste avec le vivant ?