Angoisse sanitaire, Nantes, 14 juillet 2021

Ce mercredi 15 juillet plusieurs centaines de manifestant·e·s ont défilés dans les rues de Nantes suite à l'intervention télévisée d'Emmanuel Macron deux jours plus tôt. Lors de son allocution, le président a précisé les futures restrictions sanitaires à venir (comme l'instauration du pass sanitaire pour accéder aux bars ou ciné, par exemple, ou l'obligation vaccinale pour les personnels de santé), puis a poursuivi son discours en rappelant sa détermination à repousser l'âge du départ à la retraite, à supprimer les régimes spéciaux de retraites et à mettre en place sa réforme de l'assurance chômage bien que retoqué par le conseil d'état. C'est donc une foule hétérogène qui s'est rassemblée mercredi à 14h à la croisée des trams. En grande majorité des primo-manifestants, mais aussi des gilets jaunes, et un petit nombre de fidèle des luttes sociales sur Nantes. Autour de 1500 personnes donc, pour une ville à moins d'une heure de la côte et habituellement bien calme entre le 14 juillet et le 15 août. Considérant les forces en présence c'est donc sous l'émotion légitime de cette obligation vaccinale qui ne dit pas son nom que les gens ont arpenté le centre-ville. Des slogans de type "liberté liberté liberté" ou "le pass ne passera pas" ont été lancés à de nombreuses reprises. Points de slogans anticapitalistes, anarchistes, ou habituellement entendu dans les cortèges nantais, en réponse à la politique antisociale du président. C'est donc un véritable tour de force que semble avoir réussi Emmanuel Macron mardi en cristallisant la colère sur sa gestion sanitaire, illisible et contradictoire de jours en jours depuis début 2020. Gestion polarisante et créant de forts clivages au sein de la population (par l'opposition "pro-vaccins"/"anti-vaccins" particulièrement), diviser pour mieux régner épisode 1312, alors même qu'il s'attache à détruire depuis 4 ans, comme ses prédécesseurs, le modèle de protection sociale français, qui a montré toute son utilité et sa nécessité vitale lors de cette pandémie. Alors que près de 3/4 des français rejettent une réforme des retraites, qui avait mobilisé plusieurs millions de personnes au cœur de l'hiver 2019/2020 et enterré temporairement un tel projet, ce sujet était totalement absent de la rue hier, si ce n'est dans la bouche des rares habitué·e·s des luttes sociale nantaises. De même pour la réforme de l'assurance chômage qui a notamment mobilisée le milieu culturel pendant des mois ce printemps, et précarisera de fait encore plus des gens déjà fragile financièrement. Les prochaines mobilisations (samedi 17 juillet semble déjà inscrit), si l'été ne tue pas dans l'œuf ce mouvement, prendront-elles la tournure des manifs gilets-jaunes qui au fil des samedis ont vu émerger des revendications pour plus de justice sociale et climatique (l'actualité et les sujets ne manquent malheureusement pas) ou glisseront-elles vers une forme de « complotisme » qui ne s'affichait pas ouvertement hier. Car oui, sans catégoriser l'ensemble des manifestant·e·s présents, des discours pour le moins confus pouvaient être entendu, et pas de manière isolée. Ma palme allant à cette personne qui apprenant qu'une autre était vaccinée a tenté un vieux tour de prestidigitateur, qui connais une seconde jeunesse depuis l'apparition des vaccins Covid, avec le coup du bras aimanté. Vu la saison, la nature intrinsèque plus ou moins moite de la peau humaine, forcément la pièce à tenue sur le vacciné… mais aussi sur "l'expérimentateur" anti-vaccin.